Les chimies lithium ne se valent pas
Sous le terme générique « batterie lithium » se cachent plusieurs chimies aux comportements très différents. Le lithium désigne l'ion qui circule entre les électrodes ; c'est la composition de la cathode qui distingue les familles. Deux dominent aujourd'hui la mobilité et le stockage : la NMC (nickel-manganèse-cobalt) et la LFP (lithium-fer-phosphate, LiFePO₄).
On croise aussi la NCA (nickel-cobalt-aluminium, proche de la NMC, utilisée par certains constructeurs auto), la LCO (cobalt, dans l'électronique portable) et la LTO (titanate, très endurante mais chère et peu dense). Pour la seconde vie stationnaire, l'arbitrage se joue essentiellement entre NMC et LFP.
Densité d'énergie : l'avantage NMC
La NMC stocke plus d'énergie par kilo et par litre : typiquement 150 à 250 Wh/kg, contre 90 à 160 Wh/kg pour la LFP. C'est décisif en mobilité, où le poids et l'encombrement comptent : la plupart des batteries de trottinettes, vélos et scooters électriques sont donc en NMC (ou NCA). En stockage stationnaire fixe, en revanche, quelques kilos de plus n'ont aucune importance — l'avantage de densité de la NMC perd tout son intérêt.
Durée de vie : l'avantage LFP
C'est le critère qui renverse l'arbitrage pour le stationnaire. La LFP encaisse bien plus de cycles avant d'atteindre 80 % de capacité :
| Critère | NMC | LFP |
|---|---|---|
| Densité d'énergie | 150–250 Wh/kg | 90–160 Wh/kg |
| Cycles (jusqu'à 80 % SOH) | 1 000–2 000 | 3 000–6 000 |
| Tension nominale par cellule | ~3,6–3,7 V | ~3,2 V |
| Stabilité thermique | Correcte | Excellente |
| Cobalt | Oui | Non |
À usage quotidien (un cycle par jour), 3 000 cycles représentent plus de huit ans, et une LFP de qualité dépasse souvent largement ce chiffre. La LFP tolère aussi mieux les charges à 100 %, ce qui simplifie la gestion en stockage.
Sécurité : la LFP nettement devant
La liaison fer-phosphate de la cathode LFP est chimiquement très stable. Son emballement thermique se déclenche à plus haute température (~270 °C contre ~150–210 °C pour la NMC) et libère beaucoup moins d'oxygène, ce qui réduit fortement le risque et l'intensité d'un incendie. Pour une batterie installée à demeure dans une maison ou un local, cette marge de sécurité est un argument de poids.
La LFP est par ailleurs exempte de cobalt, dont l'extraction pose des problèmes éthiques et d'approvisionnement — un atout environnemental supplémentaire.
Pourquoi cirBATT privilégie la LFP en seconde vie
La logique du réemploi stationnaire est claire : on récupère des cellules issues de la mobilité (souvent NMC), on les teste, et on assemble des packs adaptés à un usage fixe. Pour les packs destinés à durer sur site, la LFP est idéale — endurance, sécurité, tolérance aux charges pleines. C'est pourquoi nos modules de stockage sont construits autour de cellules LFP sélectionnées et testées individuellement.
Le point commun à toutes les chimies : ce qui détermine la valeur d'une cellule en seconde vie n'est pas sa marque, mais son SOH mesuré et sa résistance interne. Une cellule NMC à 85 % de SOH peut parfaitement finir dans un pack stationnaire ; une cellule LFP maltraitée peut être hors jeu. Le tri se fait sur la donnée, pas sur l'étiquette.